Historique des clubs parisiens de haut niveau

La sous-représentation actuelle de Paris et de sa région dans le championnat professionnel fait du football francilien le parent pauvre du haut niveau en France. La situation n'a pourtant pas toujours été la même. Aux débuts de ce sport dans l'hexagone, les clubs de la capitale ont abondamment inscrit leurs noms aux palmarès des diverses compétitions mises en place. Et si les moins de trente ans n'ont rien connu d'autre que le PSG comme représentant de Paris dans l'élite, il ne faut pas oublier que six autres clubs ont fréquenté la division 1 depuis sa création. Voici donc un petit historique sur la présence parisienne au plus haut niveau : depuis les clubs qui ont remporté des titres dans les premiers championnats amateurs, à ceux qui ont participé au championnat professionnel...

Les débuts (avant 1932)

Les premières compétitions officielles de football ont été organisées à la fin du 19ème siècle à Paris par l'USFSA.
photo Photo du Club Français en 1896...
Les meilleures équipes du moment étaient alors le Standard AC, le Club Français et les White Rovers. Le début du 20ème siècle vit plusieurs autres fédérations organiser aussi des compétitions de football, qui s'étendirent à la province. On peut retenir de cette époque pionnière les clubs parisiens ayant été champions de France : le Gallia Club et le Racing Club de France en USFSA, l'Etoile des Deux Lacs et le Patronage Olier en FGSPF, ainsi que le SM Puteaux, la JA St-Ouen et le CA Vitry en FCAF. Le CA Paris, le Red Star et le FC Levallois ont quant à eux inscrit leur nom au palmarès de la parisienne LFA.

Le Trophée de France fut créé en 1907 pour opposer les champions des différentes fédérations chaque année. Celui-ci fut une affaire de supprématie parisienne, puisqu'à part Lille en 1914, il revint toujours à un club de la capitale. L'Etoile des Deux Lacs, le Patronage Olier et le CA Paris le remportèrent deux fois chacun ; la JA St-Ouen et l'Olympique de Pantin une fois...

Après la première guerre mondiale, la Fédération Française de Football Association fut créée en 1919, ainsi que la Ligue de Paris, qui organisa son championnat régional tandis que la Coupe de France nouvellement instituée restait la seule épreuve nationale.

Ce fut l'âge d'or du football parisien, qui remporta les six premières coupes, et encore deux des cinq suivantes. Les lauréats furent l'Olympique de Pantin (1918), le CASG (1921, 1925), le CA Paris (1920) et surtout le Red Star (1921, 1922, 1923, 1928).

Le CA Paris et le Stade Français remportèrent par ailleurs en 1927 et 1928 les deux premiers championnats de France amateurs organisés par la Fédération en fin de saison entre les champions régionaux. Le troisième (et dernier) échappa à la capitale en 1929, année qui marqua la fin de l'hégémonie parisienne. Le Club Français gagna encore la coupe en 1931, mais la domination parisienne appartenait au passé au moment où le championnat professionnel se mit en place...

Championnat professionnel : la période "historique" (1932-1968)

A ce moment, les cinq grands clubs parisiens étaient le Racing Club de France, le Stade Français, le Red Star, le CA Paris et le Club Français, qui se partageaient les cinq premières places du championnat de DH depuis trois saisons, et avaient remporté tous les titres de champion de Paris depuis la création de la Ligue (si on excepte celui de l'Olympique de Paris en 1921, ce club ayant fusionné plus tard avec le Red Star). Tous étaient également à un égard ou un autre des clubs historiques du football français. Quatre d'entre eux décidèrent alors de se lancer dans cette nouvelle aventure, le Stade Français refusant par opposition de principe au professionalisme. Le Racing Club de France était également opposé à cette évolution, mais sa section football franchit le pas en devenant le Racing Club de Paris.

L'aventure professionnelle du Club Français fut très courte : deux saisons seulement. Un autre club - l'US Suisse - tenta également sa chance en 1933-1934, mais abandonna au bout de quelques mois. Le Racing, le Red Star et le CA Paris ont alors représenté la capitale et sa banlieue dans le championnat professionnel pendant trente ans, le trio se transformant en quatuor au lendemain de la seconde guerre avec la décision du Stade Français de prendre le train. Chacun de ces clubs a tenu une place différente sur cette période :

- Le Racing Club de Paris a joué le rôle de club phare, avec ses nombreuses vedettes et son standing international, se bâtissant un palmarès enviable avec un titre de champion (1936) et cinq coupes de France (1936, 1939, 1940, 1945, 1949).

- Le Stade Français a endossé le costume du rival ambitieux après la guerre, mais n'a jamais pu concurrencer le Racing.

- Le Red Star était l'enfant terrible de banlieue, avec ses deux exclusions du professionalisme pour corruption d'équipe adverse, ses réadmissions, ses fusions, mais aussi son cinquième succès en coupe, en 1943.

- Enfin le CA Paris est demeuré le parent pauvre du football parisien, en restant scotché dans le bas de tableau de la division 2 pendant presque toutes ces années.

Cette représentation stable du football parisien dans le championnat professionnel a volé en éclat dans les années 60 avec les abandons successifs du CA Paris (1963), du RC Paris (1966) et du Stade Français (1968). Le Red Star a échappé seul à l'hécatombe, mais en laissant la capitale orpheline d'un club de haut niveau, puisqu'il incarnait la banlieue nord. Ce fut la fin de la période "historique", celle où les représentants parisiens dans le professionalisme étaient des équipes qui avaient joué un rôle et brillé depuis les débuts du football français, et se concurrençaient depuis des décennies.

Championnat professionnel : la période "moderne" (depuis 1969)

La disparition des clubs historiques parisiens du paysage pro a amené la naissance de trois nouveaux clubs professionnels à partir de 1969 pour tenter de prendre la place laissée vacante. Le Paris-Neuilly et le Paris FC ont été créés de toutes pièces, et le Paris-St-Germain version Hechter est le successeur du stade sangermanois. Le premier n'a jamais percé et a rapidement décliné. Le PSG est sorti vainqueur de la concurrence avec le PFC à la fin des années 70, et règne depuis sans partage sur le football parisien. Il a ramené en 1986 le titre de champion à Paris pour la première fois depuis 50 ans, et s'est bâti un palmarès étoffé avec deux titres (1986 et 1994), sept coupes de France (1982, 1983, 1993, 1995, 1998, 2004, 2006) et une coupe d'europe des vainqueurs de coupe (1996).

La faillite du Red Star en 1978 a complété l'hécatombe des années 60 pour les clubs historiques, qui sont cependant revenus momentanément dans les années 80 avec les remontées en division 2 du club audonien et du Stade Français, et celle en division 1 du Racing version Matra.

L'ouverture de la division 2 au amateurs à partir de 1970 a par ailleurs permis à plusieurs autres clubs d'Ile-de-France de goûter au championnat professionnel, à défaut d'en adopter forcément le statut : l'Entente BNF, Mantes, Fontainebleau, Malakoff, Poissy, Melun, Corbeil, Viry-Châtillon et Créteil ont ainsi rejoint l'antichambre de l'élite, pour des périodes plus ou moins brèves...

Mais la représentation régionale s'est drastiquement réduite à partir de 1990, après le nouvel abandon du championnat professionnel par le Racing. Derrière le PSG en division 1, seuls Créteil et le Red Star ont représenté la banlieue en division 2. Depuis 1993, le paysage francilien se limitait à un club en D1 (le PSG) et un en D2 (le Red Star jusqu'en 1999, puis Créteil jusqu'en 2007). Avec la descente en National des cristolliens, il n'y a plus que le PSG dans les deux premières divisions désormais. C'est très peu au regard du bassin de population de la région, et du nombre de footballeurs professionnels qui en sont issus... c'est une anomalie au regard de l'histoire et la richesse des clubs de haut niveau de la région... mais c'est le verdict sportif actuel !

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